Etude de cas Le tsunami qui continue au Sri Lanka: les dépossédés et déplacés du Village Paanama

Le Mouvement national de solidarité pour la pêche (NAFSO) du Sri Lanka présente ce cas dans le cadre du portefeuille d’études de cas des membres du WFFP, comme plateforme de débat à l’Assemblée générale du WFFP en novembre 2017. Le thème de cet événement historique est « Les pêcheurs artisanaux du WFFP retournent à Nouvelle Dehli après 20 ans ».

Le NAFSO est un réseau d’organisations de pêche, d’organisations communautaires, d’organisations de femmes, d’organisations environnementales et d’ONG de 17 districts du Sri Lanka. Depuis 20 ans l’approche du NAFSO dans son travail avec la pêche artisanale est celle basée sur les droits de l’homme. Le mouvement compte 9 500 membres, tous pêcheurs artisanaux, dont 55% femmes, dans 192 villages, et il travaille sur des questions à large portée, telles que les personnes déplacées à l’intérieur du pays, les femmes dans la pêche, les disputes liés aux eaux entre pêcheurs et agriculteurs, les changements climatiques et les conflits étiques transfrontalières.

Le défi
Une période de guerre qui a duré 30 ans a terminé il y a 8 ans. On avait espéré que le nouveau gouvernement, élu en 2015, aiderait les dépossédés à récupérer les terres, les eaux et les droits dont ils avaient été privé par la guerre et par la politique néolibérale des gouvernements précédents. Cette étude de cas décrit brièvement un groupe de familles pêcheurs qui a combattu, avec beaucoup de courage, contre la militarisation et contre le développement de tourisme qui a eu lieu pendant la guerre.

Des personnes qui attendent de pouvoir entrer dans le village, 26 mars 2016

La nuit du 17 juillet 2010, les habitants de cinq villages dans le secrétariat divisionnaire de Lahugala, dans le district d’Ampara, dans la province orientale, tous d’ethnicité Paanama, ont été expulsés de leurs 1 200 acres de terrains côtiers et de lagunes par des personnes masquées qui portaient des mitrailleuses T56. Dans les villages de Ragamwela et Shashtrawela, environ 380 acres de terre (qu’une décision du Cabinet du 11 février 2015 a déclarés comme 365 acres) ont été capturés par l’Armée de l’air et démarqués avec une clôture électrique, alors que 860 acres de terre dans les villages d’Uplassa, Horewkanda et Egodayaya ont été capturés et clôturés par la Marine.

A partir de 2010 des bâtiments militaires ont été construits sur les terres qui avaient été accaparées des villageois, et une station touristique, Paanama Lagoon Cabana, y a été développée. Cette station touristique, située dans le cadre idyllique de la lagune et des mangroves, est gérée par la Marine, qui en empoche les bénéfices. Pour renforcer encore sa présence dans ce terrain, la Marine a limité et même interdit la pêche, soit en journée que la nuit.

L’Armée de l’air et la Marine ont d’ailleurs construit deux clôtures électriques pour se protéger contre les éléphants.  Les terrains en question étaient liés avec Lahugala, un sanctuaire national pour les éléphants et une zone de conservation forestière. Ces clôtures ont dérangé l’équilibre entre les êtres humains, les animaux et la forêt, comportant des impacts négatifs pour la population humaine ainsi que pour l’environnement.

L’entrée dans le temple Valukaramaya dans le village de Ragamwela et le temple Samudragiri à Paanama est désormais interdite, même aux moines bouddhistes et aux fonctionnaires du Département d’archéologie. Ceci constitue une violation directe de droits.

Bref, 350 familles qui dépendent de l’agriculture du riz, de la pêche et de la soi-dite « cultivation chena » ont été déplacées, perdant non seulement leurs droits culturels mais aussi leur entière source de revenus.

Le 11 février 2015, suite à l’éléction du nouveau gouvernement le 8 janvier précédent, les Paanama ont célébré la première victoire de la lutte : une décision du Cabinet de ministres qui relâchait 340 des 365 acres de terrain dans les villages de Ragamwela et Shashtrawela capturés par la Marine et l’Armée de l’air. Pourtant, cinq mois plus tard, quand la décision n’avait pas encore été mise en œuvre par les autorités locales, la communauté Paanama, inquiétée, a décidé d’occuper ses propres terrains, sans appui légal. Depuis 26 mars 2016, trente-cinq familles réoccupent leurs propres terrains et ont commencé à les cultiver.

La Marine et l’Armée de l’air ont accaparé les terrains traditionnels et coutumiers des Paanama sous le prétexte de les utiliser pour le bien publique. Les terrains ont été utilisés pour la construction d’une base aérienne militaire et de plusieurs hôtels, aucun duquel ne peut se considérer « pour le bien publique ». Les preuves abondent que l’accaparement des terres des Paanama est très bien organisé et appuyé par le gouvernement et que les expulsions ont été soutenuues par le Secrétariat divisionnaire, la police, l’Equipe spéciale, la Marine et l’Armée de l’air. Au lieu de protéger les droits humains et les droits constitutionnels des Paanama, ces acteurs protègent seulement leurs propres intérêts.

L’engagement
« Celles-ci sont les terres sur lesquelles nous avons vécu et sur lesquelles nous mourrons. »
C’est l’esprit derrière l’engagement des Paanama à regagner la possession de leurs terres, à être compensés pour leurs pertes et pour leur souffrance, et à vivre en dignité, en protégeant et en pratiquant leurs droits humains.

Une manifestation, 15 février 2014

Les méthodes  
Les Paanama ont établi un mouvement, l’Organisation pour la protection des Paanama Paththu (OPPP), avec le but de mener campagne contre ces accaparements des terres et de faire avancer la lutte pour leurs droits.

 

La lutte de l’OPPP se base sur leur connaissance des droits qui leur sont assurés par les instruments de la loi nationale et internationale, tels que les Directives visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale et les Directives sur le foncier. Parmi leurs actions et leurs stratégies sont la porte de plainte continue auprès de la police de Pothuwil et auprès de la Commission pour les droits de l’homme ; des campagnes de plaidoyer ; des campagnes de signature ; et des actions en justice. L’OPPP mène d’ailleurs un nombre d’actions spécifiques, telles que la définition et clarification des documents sur la possession des terres, ainsi que l’élargissement de la base de soutien au Sri Lanka et au niveau international.

A long terme l’OPPP cherche aussi à élargir les espaces pour le discours et pour le débat. Sri Lanka n’a pas de politique nationale sur la pêche qui protège les droits des pêcheurs, leur milieu et les ressources desquelles ils dépendent. L’organisation fait du plaidoyer actif à faveur du développement d’une politique sur la pêche artisanale basée sur les deux Directives mentionnées ci-dessus ainsi qu’un processus inclusif de collaboration avec le gouvernement. Dans le cadre de ce plan d’action, le NAFSO et l’OPPP mènent des activités d’éducation et de mobilisation des communautés de pêche pour faciliter un dialogue constructif et convaincu. Cette approche assure une gestion des ressources par la communauté, au bénéfice de tous, pour la génération présente et pour celles à venir.

(photos et textes)
Des personnes qui attendent de pouvoir entrer dans le village, 26 mars 2016
Une manifestation, 15 février 2014
Des Paanama dans le village après l’occupation

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